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Une guerre préhistorique entre clans il y a 10 000 ans ?

Posted on 22 janvier 201624 août 2022 By Christian

Ce sont les traces d’un véritable massacre humain, une guerre, qui ont été découvertes dans la région du Lac Turkana, en Afrique. Cette première « tuerie de masse » identifiée de la préhistoire est datée de – 10 000 ans selon les premières estimations.

La découverte à Nataruk

Lésion derrière le crâne Nataruk – CAM

Le site de Nataruk est situé à 30 km à l’ouest du lac Turkana, au Kénya. Le gisement est fouillé depuis 2012. Il y a 10 000 ans le site était au bord d’un lac, maintenant disparu.
Cette région a déjà révélé un grand nombre de découvertes, comme l’adolescent du lac Turkana, un représentant de l’espèce Homo ergaster (ou Homo erectus) il y a 1,5 million d’années. Le lac et ses alentours ont manifestement attiré différentes populations de chasseurs-cueilleurs depuis la période paléolithique. Le lac en lui-même, ainsi que ses rivages, ont procuré des ressources alimentaires abondantes et renouvelées pendant la Préhistoire (pêche, chasse, eau potable..).
L’étude a été co-publiée dans la revue Nature par Marta Mirazon Lahr et le Professeur Robert Fol

Un lieu de massacre ?   

Les chercheurs ont mis au jour les restes de 27 individus (21 adultes), dont 8 femmes et 6 enfants. Ces derniers n’étaient dans aucun cas près des hommes du clan. Les squelettes sont tous identifiés comme appartenant à l’espèce Homo sapiens (seule espèce d’homininé restante à l’époque dans cette région). 
Dix des squelettes montrent des signes évidents de mort violente, comme des traumatismes sur le crâne et la face, des os des mains, des genoux et des côtes brisés, pointes de pierre et d’obsidienne fichées dans les os et le thorax…
Les datations radiocarbones utilisées sur les ossements indiquent que les morts sont tombés il y a 9 500-10 500 ans en arrière, juste après la dernière ère glaciaire.

L’un des squelettes présentant de nombreuses lésions osseuses – CAM
Des mains probablement liées ou attachées

Plusieurs des squelettes ont été exhumés « face vers le sol » avec des fractures crâniennes importantes. Les chercheurs indiquent également, avoir identifié des traumatismes importants dûs à des projectiles. Pour l’anthropologue Marta Mirazon Lahr, « Quatre d’entre eux ont des blessures qui semblent avoir été provoquées par des projectiles, sans doute des flèches« . Il apparaît que certains des individus ont eu les mains entravées par un lien. La position des mains et des bras montre en effet que ces membres étaient attachés.
Pour rajouter à ce tableau apocalyptique, le squelette d’une femme aux mains probablement liées montre qu’elle était enceinte au moment du drame : les archéologues ont mis au jour les ossements d’un fœtus dans sa cavité abdominale.

Les archéologues ont déterminé que les corps n’avaient pas fait l’objet d’une pratique funéraire. Les fossiles ont donc été retrouvés dans la position où ils étaient au moment du décès de l’individu. Pour certains d’entre eux, le corps a glissé dans la lagune ce qui a permis une conservation particulière dans les sédiments séchés.

Les interprétations et les conclusions

Un crâne présentant également de nombreuses lésions – Nataruk

Les résultats de l’étude suggère que les chasseurs-cueilleurs de ce « clan préhistorique » décimé appartenaient peut-être à une même famille. Cette tribu aurait pu être attaquée et tuée par un groupe rival (?) dans un but difficile à déterminer.
En effet, pour les préhistoriens, la notion de guerre préhistorique entre tribus ou clans est le plus souvent rapprochée de la possession de biens ou produits (céréales…) qui s’est développée au Néolithique, avec les débuts de la sédentarisation et de l’agriculture (il y a 8 000 ans). Avant ces événements clefs, il y avait peu de raison d’attaquer un clan de nomades ayant pas ou peu de biens. Au Paléolithique, on ne s’encombre pas à transporter des denrées qui ne se conservent de toutes façons pas. 
Pour Marta Mirazon Lahr :  « A mon avis, il s’agissait d’une petite communauté de personne en quête de nourriture qui a été attaquée de manière inattendue » et elle ajoute que « les ossements de Nataruk montrent qu’il y a eu des conflits entre des groupes humains avant que les populations ne se sédentarisent, construisent des villages et créent des cimetières »… 
Pour Robert Foley,  » Je ne doute pas qu’il est dans notre biologie d’être agressif et mortel, tout comme il est profondément humain d’être attentif et affectueux. Beaucoup de ce que nous comprenons de  la biologie évolutive humaine suggère que ce sont deux faces de la même pièce de monnaie ! ».
A droite : un crâne présentant également de nombreuses lésions.

Distribution des corps sur le site de Nataruk – Image Nature

Si le massacre de Nataruk est confirmé, cela en fait la première preuve de tuerie et d’agression collective entre tribus de chasseurs-cueilleurs nomades. Jusqu’à présent, les rares preuves d’agression sur des squelettes du Paléolithique étaient retrouvées sur des individus isolés ou dans un contexte néolithique ou mal daté (gisement de djebel Sahaba, au Soudan, par exemple).

C.R.

Sources

Sources
CAM
Nature
ScienceMag

2013 L’ADN des hominidés de la Sima de Los Huesos est plus proche des Dénisoviens que de Néandertal
2014 
Les fossilles de la Sima de los Huesos clairement néandertaliens
2014 
Neandertal et Denisova très proches – Jean-Luc Voisin
2015 
Meurtre à la Sima de los Huesos il y a 430 000 ans ?
2016 Etude ADN nucléaire Homo heidelbergensis La Sima de los Huesos
2016 Le chromosome Y de néandertal introuvable chez Sapiens
2017 On peut identifier de l’ADN humain sans fossile

 
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